Embrouilles, crimes et grand banditisme en Corse

Gang de la Brise de Mer

Durant des années l’île était coupée en deux dans le milieu criminel corse, le Nord était dévolu à la Brise De Mer et le Sud à Jean Jé Colonna présenté par Jacques Follorou, sommité journalistique sur tout ce qui touche le crime en Corse, « d’homme charnière, héritier du système marseillais, de la « French Corsican connection ».

Les deux bandes ne se mélangeait pas. Bien que touchant des dividendes de cercles de jeux parisiens, Colonna regardait plus vers le sud avec Michel Tomi et Robert Féliciaggi et leurs intérêts en Afrique et la BDM plus vers le Nord, boites de nuits en PACA et cercles de jeux à Aix et Paris.

La dernière décennie a marqué le milieu Corse durablement, les embrouilles entre pontes du crime a fracturé le paysage du banditisme insulaire.

Gang de la Brise de Mer

© leparisien.fr

Une à une les alliances se déchireront, même les plus solides au sein de la Brise de Mer. Les meurtres se multiplient sans qu’on y comprenne grand chose parfois, c’est d’abord les meurtres d’éléments gênants au business qui s’opèrent, puis les vendettas, puis ceux des affiliés qui ont eu tort de fricoter avec le mauvais camp.  La Corse qui dans les années 90 avait déjà connu les guerres entre nationalistes tout aussi sanglantes va de nouveau plonger dans la violence.

C’est d’abord la Corse du Sud qui se déchire sur fond de querelles en plus haut lieu entre Michel Tomi et Robert Féliciaggi, ce dernier est assassiné en 2006. Son ami Jean-Jé Colonna décèdera dans un accident de voiture quelques mois plus tard (accidentel ?). Dès lors les richesses de la Corse du Sud attirent toutes les convoitises.

Michel Tomi

© lexpress.fr

En effet et c’est encore le cas aujourd’hui, l’aménagement et réaménagement des ports de Propriano et de Porto-Vecchio sont les chantiers phares du département. Les appels d’offres pour ces marchés à fonds publics suscitent le désir de tout un tas de marlous du nord au sud de l’île.

A Propriano d’ailleurs l’aménagement du quartier de La Plaine a démarré en janvier 2015 et durera 20 mois. A Porto-Vecchio, l’agrandissement du port de plaisance notamment est sujet à d’intenses débats électoraux mais semble inéluctable. En septembre 2014, le projet semble finalisé.

Racket, blanchiment et cercles de jeux

Malgré les guerres et les nombreux morts, le milieu corse continue de s’infiltrer dans une économie corse qui a finalement que peu d’atouts comme chacun sait. Un secteur tertiaire dynamique certes mais quasiment unique pourvoyeur d’emplois et d’argent via le tourisme généré par l’Ile de Beauté.

Ce secteur tertiaire qui permet le blanchiment d’argent à grande échelle et aussi le racket. Que ce soit dans des cercles de jeux (Wagram, Concorde) ou dans le milieu des boites de nuits notamment celles d’Aix qui en dix ans ont changées plusieurs fois de «protecteur», passant du milieu marseillais au milieu corse sur fonds de règlements de comptes. Aujourd’hui rien n’indique que ces rackets n’existent plus ni que des cercles de jeux plus clandestins ne continuent pas leur offices , ici ou ailleurs.

Le meurtre du chef d’entreprise Fabrice Vial est aussi un point intéressant à développer. Le PDG du groupe de menuiserie eponyme et actionnaire majoritaire des chantiers navals gujanais Couach est abattu dans la nuit du 11 au 12 août 2011 dans le golf de Porto-Vecchio alors qu’il se trouve sur son yacht de luxe. Il a été tué par une balle de calibre 22 long rifle, l’oeuvre d’un sniper. Fabrice Vial a-t-il été victime de son appétit vorace ?  En effet il aurait envisagé de se positionner sur le projet d’agrandissement du port de Porto-Vecchio. Les plans de ce projet avaient d’ailleurs été découverts le 23 avril 2008, dans la voiture criblée de balles de Richard Casanova. La BDM serait-elle derrière cet assassinat ?  Tout est possible.

En Corse, les enjeux se trouvent dans le BTP, le gardiennage et dans les zones touristiques avec ses bars, restaurants et boites de nuit qui sont autant de lieux de villégiatures que d’assassinats et d’embrouilles entre mafieux ou entre mafieux et nationalistes (se battant contre le bétonnage de l’île mais aussi pour préserver leur propre business des «étrangers»).

En ce sens la mort de Charles Philippe Paoli ou d’Antoine Nivaggioni, est révélatrice des profils de ces nationalistes, entre défense d’un patrimoine et affairisme du nord au sud de l’île.

En Corse du Sud, Antoine Nivaggioni est un ancien compagnon de route d’Alain Orsoni, fondateur du MPA (Mouvement Pour l’Autodétermination, rebaptisé par certains Mouvement Pour les Affaires tant ses ex-membres se sont reconvertis). Après son départ du MPA (et la fuite d’Orsoni en Amérique du Sud car menacé de mort par Jean-Jé Colonna) Antoine Nivaggioni a créé une société de sécurité, la SMS (avec un autre ancien du MPA Yves Manunta), qui a remporté plusieurs marchés publics lucratifs. Mais, selon la police judiciaire, il avait tendance à confondre les comptes de son entreprise et son porte-monnaie. En novembre 2007, à la veille de la date prévue pour son interpellation, Antoine Nivaggioni prend la fuite, sans doute prévenu par des indiscrétions. Sa cavale de quatorze mois relance les soupçons de protection dont il bénéficierait et rallume la guerre des polices en Corse. Les écoutes téléphoniques font en effet apparaître des conversations ambiguës avec un fonctionnaire des Renseignements généraux et un retraité de ce service. Enfin, plusieurs de ses proches sont interpellés alors qu’ils s’apprêtent à lui remettre un faux passeport.

Antoine Nivaggioni

© lepoint.fr

Depuis sa cavale (il n’aurait en réalité jamais quitté l’île), le fugitif accorde un entretien exclusif au magazine Corsica. Antoine Nivaggioni explique ses contacts répétés avec des policiers par des « relations professionnelles et publiques. » « Je suis la victime d’un conflit qui me dépasse totalement », assurait il.

Arrêté en janvier 2009 à Ajaccio, Nivaggioni a été remis en liberté en septembre de la même année, à la faveur d’une erreur de procédure. Il était depuis dans l’attente de son procès quand il est abattu le 18 octobre 2010.

Les funérailles de la victime avaient réuni un millier de personnes à l’église Saint-Roch d’Ajaccio : nationalistes de tous bords, hommes politiques de droite et de gauche, monde sportif,… Parmi les porteurs du cercueil, on relevait Alain Orsoni et l’élu nationaliste Jean-Christophe Angelini.

En Haute-Corse, Charles-Philippe Paoli, lui est un nationaliste pur-jus membre du comité exécutif de Corsica Libera, et proche de Charles Piéri ancien leader du FLNC.

Il est abattu le 29 juin 2011 sur une route de Folelli. La victime était co-gérante d’un complexe touristique situé en bord de plage à Santa-Maria-Poggio. Ce dernier avait fait l’objet d’un attentat le week-end avant sa mort qui avait fait de gros dégâts. Des inscriptions dénonçant la spéculation immobilière et signées du FLNC avaient été retrouvées sur place. Pourtant le FLNC dans une conféence de presse clandestine, rend hommage à Paoli et déclare ne pas être à l’origine ni de l’attentat contre le complexe Melody ni de sa mort. Le FLNC désigne un «groupe mafieux» derrière le meurtre de son militant et de manière sous-jacente promet une vengeance qui intervient le 28 octobre dernier avec l’assassinat de Christian Léoni sur le parking d’un restaurant à San Nicola au sudde Bastia. Léoni était un proche de la BDM, dans un communiqué authentifié, le FLNC a revendiqué cet assassinat en accusant Léoni d’être le meurtrier de Paoli.

Alliance natios – mafieux

Si les possibilités d’aménagements de complexes hôteliers ou de marchés publics sont plus nombreuses en Corse du Sud, la Haute Corse a un aussi autout non négligeable. La région de la Balagne, qui elle aussi attire pas mal d’investissements mafieux depuis des décennies dans l’hôtellerie-restauration. La BDM a massivement investi dans ce secteur via ses butins de braquages dans les années 80. Ils sont devenus rentiers comme d’autres jouent à la Bourse.  Il faut savoir qu’ils avaient tous un âge honorable à l’orée du 21ème siècle. Seuls Francis Mariani et Richard Casanova ont eu des vues sur le sud de la Corse entraînant dans leur sillage la perte de la BDM (mais c’est une autre histoire).

Corse Balagne

Les accointances entre mafieux et nationalistes dans le nord sont plus nombreuses, Dès les années 80 la BDM etles « politiques » passent une sorte de pacte comme l’indique Jacques Follorou dans une interview :

« Les voyous et les «natios » constituent en Corse deux pouvoirs qui ont délimité leur territoire. Cet équilibre s’est bien incarné dans l’affaire des fourgons. A partir du moment où les nationalistes ont investi dans la sécurité privée, notamment dans le transport de fonds, les fourgons n’ont plus jamais été attaqués!»

En effet les natios et notamment son chef de file Charles Piéri investissent la sécurité, la CGS et la CNE autant d’acronymes vecteurs d’un business florissant dans lequel les mafieux trouvent leur compte aussi.

Cet article de l’Express montre aussi l’influence des nationalistes sur le Sporting club de Bastia dans les années 90. Epoque révolue même si la plice passe encore faire des perquisitions (comme il y a quelques mois).

La situation a été si tendue en Corse du Sud que mêmes des élus et notables ont été tué, Antoine Sollacaro, tué parece que ami et avocat d’Alain Orsoni ? Ou parce qu’il a été impliqué (en tant qu(avocat de la défense) dans le fumeux procès de la SMS qui a secoué le cocotier jusqu’au plus haut lieu (Bernard Squarcini pour ne pas le nommer) ? Et la mort de Jacques Nacer Président de la CCI de Corse du Sud, lui aussi proche d’Orsoni.  L’oeuvre des restes de la Bande du Petit Bar, ennemi sempiternel des Orsoni ?

Depuis 2 ans la fréquence de meurtres s’est fortement ralentie et tant mieux même si cela découle plus du vide qu’engendre autant de tués et d’incarcérations que d’une volonté de calme. On dit souvent qu’un milieu calme prouve qu’à sa tête il y a un chef à la poigne de fer. C’est en partie vraie

L’année dernière, un nouveau cercle de jeux à été démantelé celui de L’Aviation Club France qui a mené à l’interpellation de Marcel Francisci, un «politique» Corse, ancien voyou, actuel criminel Président de l’Association des amis de Sarkozy en Corse-du-Sud. Fils de, Marcel a de quoi tenir et comme tout bon malfrat corse il n’hésite pas à arroser les politiques et a s’entourer d’anciens flics pour l’épauler (ici Charles Pellegrini ancien de l’antigang interpellé lui aussi dans ce démantèlement).

Les cas de rackets sont toujours légion, nuls doutes ne subsistent que les affaires mafieuses en Corse soient stoppés malgré l’arrestation de Jean-Luc Germani en 2014, «l’héritier» (et beauf) de Richard Casanova et un temps taulier de quasi toute la Corse (une première mondiale).

On le sait que la nature a horreur du vide, un point commun avec le milieu criminel.

Article rédigé par Jean-Philippe Savry

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