Mafia asiatique : des Triades chinoises aux Yakuza

Au niveau du continent asiatique, et sans sous-estimer des groupes telles que Laskar-Bali en Indonésie, le concept de mafia s’incarne essentiellement dans deux institutions très différentes : les fameuses Triades chinoises, et les non moins célèbres Yakusa japonais. Soulignons également que ces groupes ont largement profité de la mondialisation pour s’internationaliser, et que leur influence se fait sentir bien au-delà de leurs frontières d’origine.

Les Triades : du 49 au 489

Il y a plus de 300 ans, le mot « Triade » faisait référence à un ensemble de sociétés secrètes nationalistes. A l’époque déjà, leurs membres utilisaient des signes de reconnaissance spécifiques, de même qu’un langage codé, et les Triades n’hésitaient pas à utiliser la violence pour parvenir à leurs fins. En outre, leur vocation politique – à savoir la restauration de la dynastie Ming – se doublait d’un fort pouvoir économique, avec la mise en place d’assurances, de syndicats et de mécanismes d’entraide entre membres.

triade asie

Au XXIème siècle, les objectifs des Triades ont certes bien changé, mais sur certains points, elles perpétuent une tradition née à la fin du XVIIème siècle. De fait, si l’apparition de la République Populaire de Chine communiste en 1949 a rendu illégales les Triades, les contraignant à l’exil à Taïwan, Hong-Kong ou bien encore Macao, elles se sont reconverties massivement – et avec succès – dans le crime organisé. Profitant de leur connaissance du « Triangle d’or » de l’opium, situé entre la Birmanie, le Laos et la Thaïlande, les quelques 250 000 familles qui composent actuellement les Triades génèrent annuellement plusieurs milliards d’euros.

Les triades chinoises possèdent une structure très hiérarchisée, avec une « tête de dragon » au sommet, dont seule une poignée de membres connaissent l’identité. Il distribue les ordres à plusieurs « officiers » aux surnoms romancés évocateurs, dont certains s’occupent du recrutement (le « Maître des encens »), d’autres des finances (l’ « Eventail de papier blanc »), ou bien encore du respect des règles à l’intérieur de l’organisation (le « Bâton rouge »), etc. Au final, sur le terrain, ce sont les « soldats » qui exécutent les ordres. En outre, en un seul geste de la main, un membre d’une Triade peut donner sa position par un code chiffré. Le groupe des soldats correspond ainsi au numéro 49, tandis qu’une tête de dragon sera reconnue en tant que 489.

Notons enfin qu’il existe actuellement plusieurs dizaines de triades, fonctionnant toutes de manière indépendante des unes par rapport aux autres, et qui ont pour certaines des branches jusqu’aux Etats-Unis (pour la « Wo ») ou même en France (pour la Sun Yee On).

Les Yakuza : une mafia qui ne se cache pas

Dans le monde du crime organisé, les Yakuzas font figure d’exception de par leur fonctionnement qui ne cherche pas, outre mesure, à rester secret. Ainsi, les principaux clans oeuvrent dans le cadre d’associations créées dans le respect des lois japonaises, mais dont les activités demeurent quant à elles bien sûr illégales. Avec un nombre officiel de membres des Yakuza s’élevant globalement à près de 60 000, il s’agirait de l’une des plus importantes mafia à l’échelle mondiale. Récemment, les Yakuza ont même ouvert un site Internet afin de faciliter le recrutement, et sans mauvais jeu de mots, ils ont « surfé » sur la vague du Tsunami et de ses terribles conséquences au Japon afin d’accentuer leur emprise sur une large part de la population. Une véritable campagne marketing a été lancée pour assoir la respectabilité de l’organisation dont le mot d’ordre est de « combattre le fort et de protéger le faible ».

En tout état de cause, les Yakuzas ont un mode de fonctionnement interne qui n’est pas sans rappeler celui de la Cosa Nostra en Sicile, avec des « familles » (sans qu’un lien réel de parenté ne soit requis) à la tête desquelles officient les « Oyabun ». Ces patriarches, qui se transmettent le plus souvent la fonction de père en fils, ont donc un droit absolu de vie ou de mort sur les « Kobun », les membres d’un rang inférieur.

Les Yakuza obéissent à un code d’honneur composé de 9 lois, visant à assurer à l’organisation un fonctionnement serein. Il s’agit avant tout de faire respecter inconditionnellement les décisions de l’Oyabun, mais aussi d’éviter de possibles querelles internes. Parmi ces lois, citons l’interdiction de s’en prendre violemment aux « bons citoyens », ou bien celle de convoiter la femme d’un autre membre, sans oublier bien sûr la nécessité de mourir pour son « père », ou d’accepter d’être incarcéré à sa place.

Enfin, il faut noter que la famille « Yamaguchi-gumi » représente près de 44% des Yakuzas, et qu’il s’agirait selon Forbes du groupe criminel qui gagne le plus d’argent, avec une fortune estimée à près de 80 milliards de dollars.

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